hep

Hépatites virales : en RDC, le combat contre la « tueuse silencieuse » ne peut plus attendre

À l’occasion de la Journée mondiale contre l’hépatite, l’ASOJEDEC relance le plaidoyer pour le dépistage, la prévention et l’accès aux traitements.

Kinshasa. Chaque année, plus d’un million de personnes meurent dans le monde des suites d’une hépatite virale. Pourtant, cette maladie continue d’évoluer dans l’ombre, sans faire les gros titres et sans provoquer les mêmes mobilisations que d’autres grandes épidémies. C’est précisément contre ce silence que s’est élevée l’Action Solidaire de la Jeunesse pour le Développement Communautaire (ASOJEDEC), en célébrant la Journée mondiale contre l’hépatite à travers une matinée de sensibilisation organisée sur son stand des IXes Jeux de la Francophonie, au stade Tata Raphaël de Kinshasa.

Sous la conduite de sa présidente, Espérance Kaja, les membres de l’organisation ont voulu rappeler une évidence trop souvent oubliée : une maladie silencieuse n’est pas une maladie bénigne. Bien au contraire. Parce qu’elle évolue parfois pendant des années sans symptômes apparents, l’hépatite est fréquemment diagnostiquée lorsque le foie est déjà gravement atteint.

Une pandémie qui progresse dans l’ombre

hepa

Alors que le monde a été profondément marqué par la pandémie de Covid-19, une autre crise sanitaire continue de faire des victimes dans une relative indifférence. Les hépatites virales B et C représentent aujourd’hui l’immense majorité des formes graves de la maladie. Elles provoquent des inflammations chroniques du foie, favorisent les cirrhoses et constituent l’une des principales causes de cancer du foie.

Lors de la célébration, les participants ont suivi en visioconférence le message mondial de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui sonnait comme un avertissement : si les tendances actuelles se poursuivent, les hépatites virales pourraient provoquer davantage de décès que le VIH, la tuberculose et le paludisme réunis d’ici 2040.

Ce constat interpelle particulièrement les pays africains, où le dépistage reste encore largement insuffisant et où de nombreuses personnes découvrent leur infection à un stade avancé.

« Une vie, un foie » : un message simple pour une urgence mondiale

Pour l’édition 2023 de la Journée mondiale contre l’hépatite, l’OMS avait retenu un thème évocateur : « Une vie, un foie ».

hepatite

Ce slogan rappelle que le foie est un organe vital, discret mais indispensable. Il filtre les toxines, transforme les nutriments, participe à la digestion, stocke les réserves énergétiques et contribue au bon fonctionnement de nombreux autres organes. Lorsqu’il est durablement agressé par un virus, c’est tout l’équilibre de l’organisme qui se trouve menacé.

Protéger son foie, c’est donc protéger sa vie.

Mais c’est aussi protéger sa famille, ses proches et les générations futures, car certaines formes d’hépatite peuvent être transmises de la mère à l’enfant pendant la grossesse ou l’accouchement.

Une maladie que l’on peut prévenir… et parfois guérir

L’un des paradoxes des hépatites virales réside dans le fait que des solutions existent déjà.

nohep

La vaccination contre l’hépatite B est disponible depuis plusieurs décennies et constitue l’un des moyens les plus efficaces de prévenir l’infection. Quant à l’hépatite C, elle peut aujourd’hui être guérie grâce à des traitements antiviraux efficaces.

Pourtant, les chiffres demeurent préoccupants. Selon les données relayées lors de la campagne de l’OMS, seule une faible proportion des personnes infectées connaît son statut, et une part encore plus réduite bénéficie effectivement d’un traitement.

Autrement dit, des milliers de vies pourraient être sauvées simplement grâce à un dépistage précoce et à un meilleur accès aux soins.

La RDC face au défi du dépistage

En République démocratique du Congo, la lutte contre les hépatites reste confrontée à plusieurs obstacles : insuffisance des campagnes d’information, coût du dépistage pour certaines familles, accès inégal aux traitements spécialisés et faible connaissance des modes de transmission.

Beaucoup de personnes ne se font tester qu’à l’occasion d’un don de sang, d’une grossesse ou d’un bilan médical imposé. D’autres ignorent totalement qu’elles peuvent vivre pendant des années avec une hépatite chronique sans ressentir le moindre symptôme.

Cette réalité renforce le rôle des organisations de la société civile, qui rapprochent l’information des communautés et contribuent à combattre les idées reçues.

Quand la société civile prend le relais

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit l’action de l’ASOJEDEC.

En organisant cette journée de sensibilisation, l’association n’a pas seulement célébré une date du calendrier international. Elle a créé un espace d’échange où les participants ont pu discuter de la maladie, partager leurs préoccupations et mieux comprendre les moyens de prévention.

La participation à la visioconférence mondiale de l’OMS a permis de relier les préoccupations locales à un combat de dimension internationale, tandis que la réalisation d’une vidéo de plaidoyer avec des athlètes sensibilisés et des membres de l’association a donné une visibilité supplémentaire au message porté par cette campagne.

Le choix des Jeux de la Francophonie comme cadre de cette mobilisation n’était pas anodin. Rassemblant des milliers de jeunes, de sportifs et d’artistes venus de plusieurs pays, cet événement constituait une occasion privilégiée pour diffuser des messages de santé publique auprès d’un large public.

Changer les comportements avant qu’il ne soit trop tard

La lutte contre l’hépatite ne repose pas uniquement sur les hôpitaux.

Elle commence par des gestes simples : se faire vacciner lorsque cela est possible, exiger du matériel médical stérile, éviter le partage d’objets susceptibles d’être contaminés par le sang, recourir à des transfusions sécurisées et, surtout, accepter de se faire dépister.

Le dépistage reste aujourd’hui l’arme la plus efficace contre cette maladie silencieuse. Il permet d’intervenir avant l’apparition de complications irréversibles et d’orienter rapidement les patients vers une prise en charge adaptée.

Faire de la prévention une priorité nationale

Au-delà des campagnes annuelles, les acteurs engagés dans la lutte contre les hépatites appellent à inscrire cette maladie parmi les grandes priorités de santé publique.

Cela suppose de renforcer les programmes de vaccination des nouveau-nés, d’améliorer la disponibilité des tests de dépistage, de rendre les traitements plus accessibles et de multiplier les actions d’information dans les écoles, les églises, les universités, les entreprises et les communautés.

Car une population bien informée est une population mieux protégée.

Un combat qui concerne chacun

L’hépatite ne fait pas de distinction entre les âges, les professions ou les catégories sociales.

Elle touche des hommes et des femmes, des enfants et des adultes, souvent sans bruit, jusqu’au jour où les complications deviennent irréversibles.

En consacrant cette journée à la sensibilisation, l’ASOJEDEC rappelle que la prévention demeure la première ligne de défense. Et que derrière chaque personne dépistée à temps, chaque enfant vacciné et chaque patient orienté vers un traitement, il y a une vie préservée.

Dans un pays où les défis sanitaires sont nombreux, faire reculer l’hépatite passe autant par les politiques publiques que par l’engagement des associations, des professionnels de santé et des citoyens. C’est à ce prix que la « tueuse silencieuse » cessera progressivement de l’être et que le droit à une vie en bonne santé deviendra une réalité pour le plus grand nombre.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *